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LA FEMME AU PORTRAIT : la ligne claire comme espace de rencontre

5 sept.
3 min de lecture

Un veilleur de nuit est retrouvé assassiné dans le but de voler un tableau. Miss X mène l'enquête avec une ironie déconcertante et un regard aiguisé sur l'industrie du cinéma à la fin des années 40...


Avec LA FEMME AU PORTRAIT publié chez DARGAUD, Nicolas TELLOP et Antonio LAPONE signent un polar à clés magistral où enquête picturale et enquête filmique entrent en résonance. Un hommage à l'âge d'or du cinéma américain et à la ligne claire, un travail sur l'ombre et la lumière, ce que l'on choisit de montrer et ce que l'on préfère cacher, la face visible et immergée d'Hollywoodland.


Car derrière ce décor de fiction en tous genres (Égypte antique, Polar ou Western), les auteurs explorent les dessous de cette machine à rêves tournée ici en cauchemars. Que trouve-t-on derrière les célèbres lettres capitales ? Un mur de briques qui se déchire aussi facilement que le rêve de toutes célébrités qui aspirent à une gloire éternelle.



Parce que le cinéma crée des idoles, fixe la beauté pour l'éternité, LA FEMME AU PORTRAIT s'amuse de ces codes et en fait la clé de son énigme. L'image est fixe, mais la vie continue à côté, révélant le gouffre creusé entre l'ambition et la réalité. De fait, la célébrité et les rêves des stars hollywoodiennes ne tiennent qu'à un fil : celui de l'instant présent mais aussi métaphoriquement, celui de la ligne claire. Celle qui la défie avec élégance s'appelle Miss X, personnage dont on ne connaîtra jamais le véritable nom. Car Miss X côtoie aussi bien l'ombre que la lumière, le sommet des immeubles que le bitume de la rue, même en talons aiguilles. Elle transcende le genre, crée sa place au milieu de l'univers cinématographique ou pour le dire autrement: au milieu des hommes. Elle sait que dans un monde où les passions et la jalousie engendrent le meurtre, l'ironie la froideur et la logique seront ses meilleures alliées.


En ce sens la ligne claire s'amuse de ces propres codes. Si elle aide à rendre le personnage de Miss X unique en son genre, elle brouille en revanche la fiction et la réalité. Par exemple, les premières pages de la bd pourraient se confondre avec le tournage d'un film. L’enchaînement des vignettes et la composition des plans s'apparentent au début d'un véritable film, et le lecteur de se demander si l'histoire qu'il va lire n'est pas celle d'une séquence en pleine réalisation.



Le vrai et le faux s'entremêlent et pourtant il faut essayer de faire confiance aux images. Picturales d'abord lorsqu'il s'agit de retrouver le mouvement dans l'image fixe (les tableaux de Clements). Filmiques quand il faut se remémorer les topoï de ces films noirs des années 40 (LAURA, LA FEMME AU PORTRAIT). Cependant le génie réside dans le choix de nos deux auteurs. Quoi de mieux que la bd pour rassembler l'image fixe et l'image en mouvement au sein d'un même médium. La bd est le lieu où les deux sont possibles. La vignette vous immerge dans le plan fixe mais elle a besoin d'une suite pour faire sens.


Ainsi, le « X » de Miss X signifie bien plus que l'anonymat. C'est la croisée de tous les genres, du troisième art et du septième, du masculin et du féminin, de la réalité et de la fiction ; le lieu de rencontre de deux univers qui ne font qu'un au sein d'une œuvre franchement réussie.

 
 
 

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